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Rectocolite hémorragique et affections cutanées
15 juin 2026
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La rectocolite hémorragique (RCH) est une maladie inflammatoire chronique de l’intestin (MICI) qui touche principalement le côlon, mais ses effets ne se limitent pas uniquement au système digestif. En raison de la nature systémique de l’inflammation, de nombreuses personnes atteintes de RCH peuvent développer des symptômes en dehors de l’intestin, connus sous le nom de manifestations extra-intestinales (MEI). Selon la littérature scientifique, jusqu’à 50 % des patients atteints de MICI présentent un type de manifestation extra-intestinale, les affections cutanées et articulaires étant les plus fréquentes.1,2

De nombreuses personnes sont surprises de découvrir qu’une poussée de rectocolite hémorragique peut également se manifester sur la peau par des lésions, des ulcères, des rougeurs ou des éruptions cutanées persistantes. Cependant, la science a démontré qu’il existe un lien direct entre l’intestin et la peau, connu sous le nom d’axe intestin-peau.
L’axe intestin-peau : quel est le lien entre le microbiote intestinal et la peau ?
Les recherches les plus récentes démontrent que le microbiote intestinal et le système immunitaire cutané entretiennent une communication constante et bidirectionnelle.3 Ce phénomène est connu sous le nom d’axe intestin-peau et explique comment les déséquilibres intestinaux peuvent déclencher une inflammation cutanée.4
Lorsque le microbiote intestinal perd son équilibre, par exemple en raison du stress, d’antibiotiques, d’infections ou de certains modes d’alimentation, le système immunitaire peut s’activer de manière excessive et produire une inflammation systémique.5 Cette inflammation touche non seulement le côlon, mais aussi d’autres organes, y compris la peau.
De plus, des études récentes publiées dans Nature Communications montrent que certaines altérations immunitaires et microbiennes peuvent modifier simultanément la fonction intestinale et la réponse immunitaire cutanée, renforçant l’idée que l’intestin et la peau fonctionnent comme des organes étroitement liés.6
Ce même mécanisme est également observé dans les allergies alimentaires. Dans ces cas, le système immunitaire identifie à tort certaines protéines alimentaires comme dangereuses et libère des médiateurs inflammatoires qui peuvent produire des symptômes digestifs et cutanés, tels que des vomissements, des démangeaisons ou des éruptions cutanées.4
Comment savoir si une lésion cutanée est liée à une MICI ?
Toutes les éruptions cutanées chez les personnes atteintes de rectocolite hémorragique ne sont pas liées à une maladie inflammatoire chronique de l’intestin. Le professeur Shomron Ben-Horin, chef du service de gastro-entérologie du centre médical Sheba et expert international des MICI, explique que de nombreux patients confondent des éruptions cutanées courantes ou temporaires avec des manifestations extra-intestinales.7
Selon le Pr Ben-Horin, la plupart des lésions cutanées associées aux MICI ont tendance à :
- Coïncider avec une poussée active de la maladie intestinale.
- Persister pendant plusieurs jours ou semaines.
- Présenter une inflammation ou une douleur évidente.
En revanche, une éruption cutanée légère qui apparaît pendant un ou deux jours et disparaît spontanément n’est probablement pas liée à la rectocolite hémorragique.7
Principales affections cutanées associées à la rectocolite hémorragique 1,2,8
Érythème noueux
L’érythème noueux est l’une des manifestations cutanées les plus fréquentes chez les patients atteints de RCH.9 Il se caractérise par l’apparition de nodules rougeâtres, surélevés, chauds et douloureux au toucher et à la marche (plus douloureux qu’intensément démangeants), palpables, sensibles et de couleur rouge-violet. Ils apparaissent généralement de manière bilatérale sur les jambes, bien qu’ils puissent également toucher les cuisses, les bras, les fesses ou le tronc. Les nodules mesurent généralement entre 1 et 5 cm et changent de couleur avec le temps, prenant des teintes semblables à celles des hématomes avant de disparaître.

De plus, on estime qu’entre 5 % et 10 % des patients atteints de RCH en feront l’expérience à un moment donné de leur maladie.
Dans la plupart des cas, l’érythème noueux apparaît lors d’une poussée intestinale et s’améliore lorsque l’inflammation digestive est contrôlée. Plus de 80 % des patients répondent favorablement au traitement par corticoïdes ou médicaments anti-TNF.7,9
Pyoderma gangrenosum

Le pyoderma gangrenosum est une complication beaucoup moins fréquente, touchant moins de 1 % des patients, mais elle est considérablement plus sévère.
Cette affection provoque des ulcères cutanés douloureux qui peuvent se développer rapidement.10 Elle commence souvent par une petite lésion semblable à une plaie ou une ampoule et évolue vers un ulcère profond de plusieurs centimètres de large aux bords violacés ou bleutés, fréquemment sur les jambes, bien qu’elle puisse apparaître n’importe où sur le corps ou autour de plaies chirurgicales, n’importe où sur le corps ou autour de sites chirurgicaux. Les lésions peuvent fusionner s’il y a plusieurs ulcères et laissent généralement des cicatrices après la guérison. Les patients peuvent également ressentir une douleur intense et, dans certains cas, un inconfort articulaire.
Contrairement à l’érythème noueux, le pyoderma gangrenosum ne coïncide pas toujours avec une poussée intestinale et peut apparaître après un traumatisme cutané mineur ou une intervention chirurgicale (un phénomène connu sous le nom de pathergie).
Le Pr Ben-Horin souligne que cette affection nécessite une attention médicale urgente, bien qu’elle réponde généralement bien aux corticoïdes, aux agents anti-TNF ou à la ciclosporine.7 Le traitement est habituellement efficace, bien que les ulcères puissent laisser des cicatrices et qu’il existe un risque d’apparition de nouvelles lésions dans d’autres zones. Un dépistage précoce et une prise en charge appropriée sont essentiels pour réduire les complications, soulager la douleur et améliorer la qualité de vie du patient.
Vascularite
La vascularite est une inflammation des vaisseaux sanguins qui peut se manifester sur la peau sous forme de lésions rougeâtres ou violacées de différentes tailles.
Bien qu’elle ne soit pas considérée comme une manifestation extra-intestinale classique des MICI, les patients atteints de rectocolite hémorragique ont une plus grande prédisposition à développer des troubles auto-immuns concomitants, y compris la vascularite.
Parfois, cette réaction peut être liée à des infections virales ou même à certains médicaments utilisés pour traiter les MICI.
La plupart des lésions ne sont pas douloureuses au début, mais la vascularite peut évoluer vers des complications sévères si elle n’est pas traitée correctement. Par conséquent, il est recommandé de consulter un médecin ou de se rendre rapidement aux urgences en cas de doute.
Quand consulter un médecin ? 7
Si vous souffrez de rectocolite hémorragique et remarquez l’apparition de :
- Pustules ou lésions douloureuses.
- Ulcères cutanés.
- Nodules rougeâtres persistants.
- Lésions qui s’aggravent lors d’une poussée intestinale.
il est important de consulter un dermatologue ou un gastro-entérologue.1,11
Toutes les éruptions cutanées ne sont pas liées aux MICI. Cependant, si une lésion ne disparaît pas dans un délai de 1 à 3 jours, s’aggrave progressivement ou s’accompagne de douleurs, d’inflammation ou de fièvre, il est conseillé de consulter un médecin.
Conclusion
La rectocolite hémorragique est bien plus qu’une maladie intestinale. Le lien entre l’intestin, le système immunitaire et la peau démontre que l’inflammation systémique peut se manifester dans différentes parties du corps. Comprendre le fonctionnement de l’axe intestin-peau permet non seulement de reconnaître plus tôt les manifestations cutanées, mais aussi de comprendre l’importance de maintenir l’inflammation intestinale sous contrôle.
La bonne nouvelle est que bon nombre de ces affections cutanées répondent favorablement à un traitement approprié et au contrôle de l’activité inflammatoire de la maladie. Les détecter tôt et consulter des professionnels spécialisés peut faire une grande différence dans la qualité de vie des personnes atteintes de MICI.
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